Éco-extrémisme et attaque indiscriminée – l’Église d’ITS Mexique 

Note de Diomedea : Cela faisait bien longtemps que j’attendais une critique publique valable au sujet d’ITS. Je me souviens il y a quelques années de ma surprise lorsque je suis tombée sur une table de presse anarchiste qui contenait un livre avec les traductions en anglais des communiqués d’ITS. Traduisant moi-même depuis l’espagnol, j’espérais que personne n’ait la mauvaise idée de traduire en français ces communiqués réactionnaires. Il me semble qu’il n’ y a qu’un seul journal qui a commis cet impair, permettant ainsi de faire circuler ces idées rances et de faire de la pub à ceux dont les derniers exploits -assassinats de cibles lambdas- étaient prévisibles depuis plusieurs années déjà au vu de ce qu’ITS écrivait à travers leurs longs et ennuyeux communiqués. J’ai aussi tenu à traduire ce texte car il permet, je pense, d’enclencher un débat nécessaire sur l’attaque indiscriminée, et je rejoins tout à fait l’auteur sur le fait de dire que c’est l’arme des autoritaires et réactionnaires de tout poil.
Par contre en effet je peux regretter dans ce texte la facilité de psychiatriser des gens qui ont des actes et des idées aussi absurdes … je n’ai rien contre les « fous » (mais qui ne l’est pas ?), ce que je ne tolère pas ce sont ceux qui se vengent sur les autres pour leur mal-être, de quelque façon que ce soit, qui ont l’impression que ça leur donne un pouvoir qui apaise leurs frustrations, et la méchanceté lâche et l’autoritarisme ne sont pas des maladies, ce sont des choix que font des individus.

Et les actions de Severino Di Giovanni n’étaient pas violentes pour le plaisir de l’être. Elle n’étaient jamais indiscriminées et jamais il n’y a eu d’attaques dans le but de créer une tension qui favoriserait le pouvoir et sa politique de consolidation. Elles étaient toujours guidées par une réflexion révolutionnaire précise : attaquer les centres de pouvoir par des actions punitives qui trouvent leur justification dans la violence de l’État, et qui sont destinées à pousser la masse vers un objectif révolutionnaire. Di Giovanni a toujours pris en compte la situation de la masse, même si on l’accusait souvent de ne pas l’avoir fait ».

JW & AMB
Anarchism and Violence, Severino Di Giovanni in Argentina by Osvaldo Bayer
Elephant Editions

Je ne représente aucune organisation ou groupe, j’écris cela depuis une perspective personnelle, en tant que nihiliste-anarchiste d’une tendance insurrectionnelle anti-civilisation. J’ai mené des actions directes en défense de la Terre, ainsi l’État doit sans doute me considérer comme une « Éco-Extrémiste », même si je ne suis pas concernée par ce terme puisqu’il est devenu une idéologie sectaire de l’Église. Jusqu’à présent je n’avais rien écrit au sujet de l’Église d’ITS Mexique ou des idiots pseudo-nihilistes en Italie parce qu’au fil des dernières années ils sont clairement devenus réactionnaires et plus proches des groupuscules « noirs » d’extrême droite. Continue reading  » Éco-extrémisme et attaque indiscriminée – l’Église d’ITS Mexique « 

Qu’est-ce qu’un individu ?

Qu’est-ce qu’un individu ? Une imbrication, un ensemble changeant d’émotions, d’actions, d’interactions, de relations … D’où viennent ces fils tressés ? Dans le monde d’aujourd’hui, surtout du contexte social duquel je suis né, où j’ai grandi et été éduqué, et où je continue de jouer mes rôles et fonctions.

Ces activités à travers lesquelles moi et d’autres personnes survivent – travaillant, achetant, vendant- sont produits de ce contexte. Ils occupent la plupart de mon temps dans des activités et des interactions qui ne sont pas à moi. Considérons la quantité de temps gaspillée à attendre en faisant la queue, la quantité de temps dépensée dans des gestes pénibles, les échanges verbaux banals et sans fin avec des étrangers dont on se moque éperdument.

Ces activités et interactions affectent inévitablement mes émotions, pour la plupart en les réduisant à une médiocrité pathétique. Mais ensuite je considère comment la plupart des gens utilisent leur soi-disant temps libre (le temps qui n’est pas consacré à une obligation sociale et à la survie, ce qui revient au même dans cette société), en se divertissant (aller au cinéma, regarder la télé, écouter de la musique, particulièrement de la musique pop). Chaque forme de divertissement joue avec les émotions. Continue reading « Qu’est-ce qu’un individu ? »

Je n’ai pas de classe !

Vous n’avez qu’à demander à mes amis, ils vous le diront … J’ai arrêté la fac après quelques semestres, et c’était la fin de ces classes pour moi.

J’évoque ici les classes de la fac parce que même les marxistes et les syndicalistes ne sont pas assez stupides pour croire que les classes de la fac sont des choses en soi ou des êtres collectifs quelconques qui agissent pour eux-mêmes. L’idéologue le plus confus comprend que les classes de la fac sont des activités, des relations établies entre des individus qui jouent les rôles de professeurs et d’élèves. Lorsqu’il n’y a personne dans une salle de classe à jouer ce rôle, il n’y a pas de classe. Et comme cela fait des années que je n’ai pas été dans une salle de classe, je n’ai certainement pas de classe.

Mais des amis marxistes (si j’en avais) n’aimeraient pas cela. Ils me diraient que, bien sûr, j’ai une classe – d’après eux je suis un lump [1]. Cela me semble un peu insultant, c’est pour cette raison que je n’ai pas d’amis marxistes. Continue reading « Je n’ai pas de classe ! »

La Louve

L’anarchiste-nihiliste n’a pas à faire semblant d’appartenir à une Histoire ou un Mouvement mais choisit comment sera sa vie à sa façon, avec les méthodes qu’elle seule choisit, avec les proches qui l’entourent. Elle ne cherche pas d’excuses pour s’organiser avec un groupe intime de 2 ou 3 de ses ami-e-s proches. Sa puissance créatrice circule au niveau qu’elle choisit et dont elle dispose, et prend forme en collaboration avec ceux qui ont décidé qu’ils seraient ensemble dans des activités ou des relations. Elle sait que l’illégalisme et l’informalité lui vont bien et elle n’attend rien de la démocratie, des appels aux masses ou des actions de masse.

La vie lui a déjà fournit l’espace pour ses actions-réfléchies. Elle est devenue la foule, et en elle, elle a annulé le temps et la société, elle peut faire ce qu’elle veut, si elle s’y applique et accepte les conséquences. Personne ne sort de la vie vivant. Vivre ou mourir, et avoir la vie d’un-e ennemi-e dans ses mains, elle a le choix d’appuyer sur la gâchette ou non. Sa vie est à elle. Elle n’est pas une victime mais une agresseuse. L’ennemi-e vivra ou mourra selon son choix à elle, et non le leur. Tout est décidé selon sa volonté, qui est à elle seule. Elle n’a pas de stratégie autre que profiter des opportunités, et sans autre tactique que sa dignité et détermination pour réussir contre toute attente.

Avec les méthodes qui conviennent à chaque individu, liées à l’action plutôt qu’à l’identité, elle suit ses mauvaises passions jusqu’à l’enfer, et il n’y a rien que quiconque puisse faire contre cela.

L., My Own, 6, Novembre 2012

Mémoire combative

Ce texte a été diffusé en version papier lors du second Salon du Livre et de la Propagande Anarchiste de Santiago du Chili. Il est publié ici, légèrement modifié dans un paragraphe.

Pour une mémoire combative de la lutte de rue dans les années 90.

Au cours de la décennie des années 90 ont surgis différentes formes d’expressions anticapitalistes dans les campus universitaires, et pas seulement dans ces endroits bien sûr, mais l’intention de ce texte est de récupérer la mémoire et la lutte des minorités actives qui convergeaient dans les espaces universitaires, en pleine époque de la joie qui n’est jamais arrivé et des nouveaux temps des deux premiers gouvernements de la concertation, après la fin négociée de la dictature militaire fasciste, la fameuse transition.

Lors que nous parlons de minorités actives, nous faisons référence en particulier aux groupes qui ont impulsé et tenté de propager la lutte de rue, violente et directe contre les flics. Et bien que sont apparus plusieurs noms et sigles, certains qui ont duré plus longtemps ou qui sont plus connus que d’autres, ici nous allons faire référence à ceux que nous considérons comme les plus intéressants. Commençons par préciser que nous parlons de groupes horizontaux et autonomes de quelconque direction politique externe à eux-mêmes (et aussi nous verrons si ça a toujours été ainsi). Continue reading « Mémoire combative »

Récupérer la mémoire historique : chapitres de la Guerre Sociale

Au sujet du massacre de l’école Santa-Maria de Iquique, d’Efraín Plaza Olmedo et Antonio Ramón Ramón, anarchistes du début du XX°siècle au Chili.

L’intense diffusion des idées anarchistes dans le mouvement ouvrier fin XIX° et débuts du XX° siècle a permis aux anarco-syndicalistes de conduire la grande grève d’Iquique en 1907. Les demandes des travailleurs étaient l’amélioration des salaires, des roulements définis, la suppression du système de fiches et de bons, accorder des locaux pour de futures écoles ouvrières, des jours de repos, parmi d’autres choses. Ils étaient des milliers à se rassembler dans l’école Santa Maria pour « négocier », mais la réponse de la bourgeoisie ne s’est pas faite attendre et sous la présidence de Pedro Montt, l’armée, sous les ordres du commandant Roberto Silva Renard, a ouvert le feu sur les grévistes. Ceci représente le chapitre le plus noir du mouvement ouvrier de ce territoire. Le nombre de morts varie, bien entendu, car le pouvoir a tenté de dissimuler par tous les moyens le chiffre officiel, mais on évalue qu’ils seraient plus de 3000, femmes, hommes et enfants, et des ouvriers de pays voisins, du Pérou, de Bolivie, qui avaient fermement décidé de rester jusqu’aux dernières conséquences. Continue reading « Récupérer la mémoire historique : chapitres de la Guerre Sociale »

L’anarchisme au Chili : une synthèse historique de 1890 à aujourd’hui

Au Chili, de façon périodique, les anarchistes sont mis sur le devant de la toujours très éphémère scène de l’opinion publique, que ce soit pour des actes de violence ou pour des raisons politiques. Dans la majorité des cas, la vieille caricature qui les associe à la terreur et à la rébellion adolescente se répète inlassablement, empêchant qu’on en apprenne plus à leur sujet, ou du moins qu’on s’en fasse une idée un peu plus complexe. Dans l’intention d’esquisser une image représentative pour discuter avec ceux et celles dont la curiosité les pousse à explorer ces contrées, tant sur ce point que sur d’autres, nous proposons de tracer une brève synthèse de l’évolution des initiatives anarchistes dans la région chilienne. Énormément de détails, de variantes et de contradictions seront exclus, et d’horribles généralisations apparaîtront, en honneur à la brièveté, car un mouvement aussi divers et insaisissable est impossible à enfermer dans un seul récit harmonieux. Pour cette raison il ne me reste qu’à vous inviter à commencer vos propres recherches de votre côté. Continue reading « L’anarchisme au Chili : une synthèse historique de 1890 à aujourd’hui »

Pourquoi je ne vote pas

Je ne vote pas. Je n’ai jamais pris part à une élection et je ne le ferai jamais. Pour beaucoup l’idée que quelqu’un, qui s’intéresse à ce qui se passe dans le monde, refuse de voter semble incroyable. Le bon sens de l’État démocratique nous dit que voter est le moyen de changer les choses et que ceux qui ne votent pas sont apathiques. Il a même été dit que ceux qui ne votent pas ne devraient pas se plaindre.

Mais le bon sens cache souvent un grand nombre d’acceptations aveugles. C’est certainement vrai au vu des lieux communs sur la démocratie et le vote. J’espère qu’en expliquant pourquoi je ne vote pas je vais mettre à nu ces affirmations et susciter quelques interrogations.

Si mon refus de voter venait de l’apathie il est évident que je ne prendrais pas le temps d’écrire cela. En fait mon refus est issu d’un désir de vivre d’une certaine façon, une façon qui nécessite un changement radical dans la structure sociale de nos vies et du monde. Autant que possible, j’essaie d’affronter le monde dans lequel nous vivons selon ces désirs, en agissant pour les réaliser. Continue reading « Pourquoi je ne vote pas »

Vagabond …

Quelqu’un qui n’a pas de chez soi …
Pas de place dans ce monde …
Qui est étranger partout …
Méprisant les valeurs, les intérêts, qui dirigent ce monde.

Contrairement aux fugitifs ou aux réfugiés, le vagabond erre librement, par choix. Il n’essaie pas de s’échapper, parce que s’échapper implique qu’il y a quelque part d’où s’échapper, et quelque part où éventuellement s’installer, un chez soi. Et le vagabond n’a aucun désir d’un chez soi, d’un endroit qui puisse le définir ou l’identifier.

Rejetant les valeurs de ce monde, la vagabonde rejette ses lois, ses règles, ses devoirs et ses obligations.

Ainsi, elle s’efforce de vivre sa vie selon ses propres termes. Et donc elle vit en conflit avec l’ordre au pouvoir, avec toutes les autorités. Ceux que ces pouvoirs peuvent définir et identifier sont rapidement ingérés ou détruits. C’est pour cela que c’est tout à fait sensé pour des anarchistes d’être des vagabonds de l’esprit … des fous, des clochards poétiques errant sur les chemins inexplorés de l’esprit, si ce n’est sur la terre elle-même. Continue reading « Vagabond … »

Pacification et révolte autour de « la journée de la femme ». Une réflexion anarchiste

Lorsque nous nous rendons compte de la nature autoritaire et patriarcale de la société actuelle nous voyons  les genres comme une imposition au travers desquels les individus sont obligés de reproduire des rôles au sein du réseau de la domination.

Bien entendu, cette société continue d’imposer à celles qui naissent « femmes » une position inférieure à ceux nés comme « hommes ». De là chaque 8 mars, pour la commémoration de « la journée de la femme », de nombreuses personnes, majoritairement des femmes, manifestent leur mécontentement face à une telle situation d’inégalité.

L’histoire la plus connue sur la commémoration du 8 mars fait référence aux faits qui se sont déroulés en 1908, où 146 ouvrières de l’usine de textile Cotton à New York sont mortes brûlées vives dans un incendie provoqué par les patrons, face au refus des ouvrières de mettre un terme à l’occupation de l’usine, pour lutter contre les bas salaires et les mauvaises conditions de travail dont elles soufraient. Continue reading « Pacification et révolte autour de « la journée de la femme ». Une réflexion anarchiste »