Je n’ai pas de classe !

Vous n’avez qu’à demander à mes amis, ils vous le diront … J’ai arrêté la fac après quelques semestres, et c’était la fin de ces classes pour moi.

J’évoque ici les classes de la fac parce que même les marxistes et les syndicalistes ne sont pas assez stupides pour croire que les classes de la fac sont des choses en soi ou des êtres collectifs quelconques qui agissent pour eux-mêmes. L’idéologue le plus confus comprend que les classes de la fac sont des activités, des relations établies entre des individus qui jouent les rôles de professeurs et d’élèves. Lorsqu’il n’y a personne dans une salle de classe à jouer ce rôle, il n’y a pas de classe. Et comme cela fait des années que je n’ai pas été dans une salle de classe, je n’ai certainement pas de classe.

Mais des amis marxistes (si j’en avais) n’aimeraient pas cela. Ils me diraient que, bien sûr, j’ai une classe – d’après eux je suis un lump [1]. Cela me semble un peu insultant, c’est pour cette raison que je n’ai pas d’amis marxistes. Continue reading « Je n’ai pas de classe ! »

La Louve

L’anarchiste-nihiliste n’a pas à faire semblant d’appartenir à une Histoire ou un Mouvement mais choisit comment sera sa vie à sa façon, avec les méthodes qu’elle seule choisit, avec les proches qui l’entourent. Elle ne cherche pas d’excuses pour s’organiser avec un groupe intime de 2 ou 3 de ses ami-e-s proches. Sa puissance créatrice circule au niveau qu’elle choisit et dont elle dispose, et prend forme en collaboration avec ceux qui ont décidé qu’ils seraient ensemble dans des activités ou des relations. Elle sait que l’illégalisme et l’informalité lui vont bien et elle n’attend rien de la démocratie, des appels aux masses ou des actions de masse.

La vie lui a déjà fournit l’espace pour ses actions-réfléchies. Elle est devenue la foule, et en elle, elle a annulé le temps et la société, elle peut faire ce qu’elle veut, si elle s’y applique et accepte les conséquences. Personne ne sort de la vie vivant. Vivre ou mourir, et avoir la vie d’un-e ennemi-e dans ses mains, elle a le choix d’appuyer sur la gâchette ou non. Sa vie est à elle. Elle n’est pas une victime mais une agresseuse. L’ennemi-e vivra ou mourra selon son choix à elle, et non le leur. Tout est décidé selon sa volonté, qui est à elle seule. Elle n’a pas de stratégie autre que profiter des opportunités, et sans autre tactique que sa dignité et détermination pour réussir contre toute attente.

Avec les méthodes qui conviennent à chaque individu, liées à l’action plutôt qu’à l’identité, elle suit ses mauvaises passions jusqu’à l’enfer, et il n’y a rien que quiconque puisse faire contre cela.

L., My Own, 6, Novembre 2012

Mémoire combative

Ce texte a été diffusé en version papier lors du second Salon du Livre et de la Propagande Anarchiste de Santiago du Chili. Il est publié ici, légèrement modifié dans un paragraphe.

Pour une mémoire combative de la lutte de rue dans les années 90.

Au cours de la décennie des années 90 ont surgis différentes formes d’expressions anticapitalistes dans les campus universitaires, et pas seulement dans ces endroits bien sûr, mais l’intention de ce texte est de récupérer la mémoire et la lutte des minorités actives qui convergeaient dans les espaces universitaires, en pleine époque de la joie qui n’est jamais arrivé et des nouveaux temps des deux premiers gouvernements de la concertation, après la fin négociée de la dictature militaire fasciste, la fameuse transition.

Lors que nous parlons de minorités actives, nous faisons référence en particulier aux groupes qui ont impulsé et tenté de propager la lutte de rue, violente et directe contre les flics. Et bien que sont apparus plusieurs noms et sigles, certains qui ont duré plus longtemps ou qui sont plus connus que d’autres, ici nous allons faire référence à ceux que nous considérons comme les plus intéressants. Commençons par préciser que nous parlons de groupes horizontaux et autonomes de quelconque direction politique externe à eux-mêmes (et aussi nous verrons si ça a toujours été ainsi). Continue reading « Mémoire combative »

Récupérer la mémoire historique : chapitres de la Guerre Sociale

Au sujet du massacre de l’école Santa-Maria de Iquique, d’Efraín Plaza Olmedo et Antonio Ramón Ramón, anarchistes du début du XX°siècle au Chili.

L’intense diffusion des idées anarchistes dans le mouvement ouvrier fin XIX° et débuts du XX° siècle a permis aux anarco-syndicalistes de conduire la grande grève d’Iquique en 1907. Les demandes des travailleurs étaient l’amélioration des salaires, des roulements définis, la suppression du système de fiches et de bons, accorder des locaux pour de futures écoles ouvrières, des jours de repos, parmi d’autres choses. Ils étaient des milliers à se rassembler dans l’école Santa Maria pour « négocier », mais la réponse de la bourgeoisie ne s’est pas faite attendre et sous la présidence de Pedro Montt, l’armée, sous les ordres du commandant Roberto Silva Renard, a ouvert le feu sur les grévistes. Ceci représente le chapitre le plus noir du mouvement ouvrier de ce territoire. Le nombre de morts varie, bien entendu, car le pouvoir a tenté de dissimuler par tous les moyens le chiffre officiel, mais on évalue qu’ils seraient plus de 3000, femmes, hommes et enfants, et des ouvriers de pays voisins, du Pérou, de Bolivie, qui avaient fermement décidé de rester jusqu’aux dernières conséquences. Continue reading « Récupérer la mémoire historique : chapitres de la Guerre Sociale »

L’anarchisme au Chili : une synthèse historique de 1890 à aujourd’hui

Au Chili, de façon périodique, les anarchistes sont mis sur le devant de la toujours très éphémère scène de l’opinion publique, que ce soit pour des actes de violence ou pour des raisons politiques. Dans la majorité des cas, la vieille caricature qui les associe à la terreur et à la rébellion adolescente se répète inlassablement, empêchant qu’on en apprenne plus à leur sujet, ou du moins qu’on s’en fasse une idée un peu plus complexe. Dans l’intention d’esquisser une image représentative pour discuter avec ceux et celles dont la curiosité les pousse à explorer ces contrées, tant sur ce point que sur d’autres, nous proposons de tracer une brève synthèse de l’évolution des initiatives anarchistes dans la région chilienne. Énormément de détails, de variantes et de contradictions seront exclus, et d’horribles généralisations apparaîtront, en honneur à la brièveté, car un mouvement aussi divers et insaisissable est impossible à enfermer dans un seul récit harmonieux. Pour cette raison il ne me reste qu’à vous inviter à commencer vos propres recherches de votre côté. Continue reading « L’anarchisme au Chili : une synthèse historique de 1890 à aujourd’hui »

Pourquoi je ne vote pas

Je ne vote pas. Je n’ai jamais pris part à une élection et je ne le ferai jamais. Pour beaucoup l’idée que quelqu’un, qui s’intéresse à ce qui se passe dans le monde, refuse de voter semble incroyable. Le bon sens de l’État démocratique nous dit que voter est le moyen de changer les choses et que ceux qui ne votent pas sont apathiques. Il a même été dit que ceux qui ne votent pas ne devraient pas se plaindre.

Mais le bon sens cache souvent un grand nombre d’acceptations aveugles. C’est certainement vrai au vu des lieux communs sur la démocratie et le vote. J’espère qu’en expliquant pourquoi je ne vote pas je vais mettre à nu ces affirmations et susciter quelques interrogations.

Si mon refus de voter venait de l’apathie il est évident que je ne prendrais pas le temps d’écrire cela. En fait mon refus est issu d’un désir de vivre d’une certaine façon, une façon qui nécessite un changement radical dans la structure sociale de nos vies et du monde. Autant que possible, j’essaie d’affronter le monde dans lequel nous vivons selon ces désirs, en agissant pour les réaliser. Continue reading « Pourquoi je ne vote pas »

Vagabond …

Quelqu’un qui n’a pas de chez soi …
Pas de place dans ce monde …
Qui est étranger partout …
Méprisant les valeurs, les intérêts, qui dirigent ce monde.

Contrairement aux fugitifs ou aux réfugiés, le vagabond erre librement, par choix. Il n’essaie pas de s’échapper, parce que s’échapper implique qu’il y a quelque part d’où s’échapper, et quelque part où éventuellement s’installer, un chez soi. Et le vagabond n’a aucun désir d’un chez soi, d’un endroit qui puisse le définir ou l’identifier.

Rejetant les valeurs de ce monde, la vagabonde rejette ses lois, ses règles, ses devoirs et ses obligations.

Ainsi, elle s’efforce de vivre sa vie selon ses propres termes. Et donc elle vit en conflit avec l’ordre au pouvoir, avec toutes les autorités. Ceux que ces pouvoirs peuvent définir et identifier sont rapidement ingérés ou détruits. C’est pour cela que c’est tout à fait sensé pour des anarchistes d’être des vagabonds de l’esprit … des fous, des clochards poétiques errant sur les chemins inexplorés de l’esprit, si ce n’est sur la terre elle-même. Continue reading « Vagabond … »

Pacification et révolte autour de « la journée de la femme ». Une réflexion anarchiste

Lorsque nous nous rendons compte de la nature autoritaire et patriarcale de la société actuelle nous voyons  les genres comme une imposition au travers desquels les individus sont obligés de reproduire des rôles au sein du réseau de la domination.

Bien entendu, cette société continue d’imposer à celles qui naissent « femmes » une position inférieure à ceux nés comme « hommes ». De là chaque 8 mars, pour la commémoration de « la journée de la femme », de nombreuses personnes, majoritairement des femmes, manifestent leur mécontentement face à une telle situation d’inégalité.

L’histoire la plus connue sur la commémoration du 8 mars fait référence aux faits qui se sont déroulés en 1908, où 146 ouvrières de l’usine de textile Cotton à New York sont mortes brûlées vives dans un incendie provoqué par les patrons, face au refus des ouvrières de mettre un terme à l’occupation de l’usine, pour lutter contre les bas salaires et les mauvaises conditions de travail dont elles soufraient. Continue reading « Pacification et révolte autour de « la journée de la femme ». Une réflexion anarchiste »

Pourquoi je ne suis pas un communiste

Nous vivons une drôle d’époque. Si un vieux, à l’évidence un anarchiste gâteux (s’il n’était pas gâteux il ne ferait jamais cela !) osait utiliser le mot « libertaire » [1] de la façon dont ce terme était utilisé pendant plus d’un siècle, les jeunes anarchistes branchés le regarderaient atterrés. Tout ça parce qu’il y a quarante ans une poignée pathétique de gens pro-drogues, pro-sexe, de crétins pro-capitaliste, ont décidé de coller ce nom à un parti. Et, non, ça n’était pas une partie fine, une crêpe-party ou même une partie de pêche, mais le genre de parti le plus ennuyeux qu’ils soit, le parti politique. Je pourrais comprendre pourquoi ces jeunes ne veulent pas utiliser ce mot, seulement beaucoup d’entre eux n’ont, en revanche, aucun problème à s’appeler communistes. Comme s’il n’y avait pas eu de partis communistes depuis la moitié du dix-neuvième siècle. Comme si de tels partis n’avaient pas commencé à s’accaparer le pouvoir ici et là il y a presque un siècle. Comme si Staline, Mao, Pol Pot, et toute cette bande de dictateurs sanguinaires n’avaient jamais existé pour la doctrine communiste [2]. Je sais donc lequel de ces deux mots j’essaie d’éviter le plus !

Je suis au courant que l’anarco-communisme, le communisme-libertaire, a une histoire presque aussi vieille que le premier parti communiste. Mais ces vieux anarco-communistes [3] faisaient particulièrement attention à ce qu’on sache qu’ils étaient anarchistes. L’appellation communiste ne sortait jamais sauf lorsqu’elle était parée de ses séduisants atours anti-autoritaires. La plupart semblaient reconnaître que l’autonomie individuelle est le premier but de l’anarchisme; ils oubliaient que c’est aussi le moyen principal d’y arriver. Continue reading « Pourquoi je ne suis pas un communiste »

Je veux des amis, pas une communauté

« Les communautés … on pourrait les définir en terme de relations alimentaires – on se demande qui mange qui. » Marston Bates.

Presque partout où je vais j’entends parler de communauté.

On dirait que c’est quelque chose dont tout le monde a besoin, quelque chose auquel tout le monde devrait vouloir s’abandonner. Dans les grandes villes, il est facile d’ignorer ces appels à appartenir, car il est difficile pour les partisans désarmés de la communauté* de s’immiscer personnellement dans la vie des autres. Je vis actuellement dans une zone rurale. Cela a de nombreux avantages, mais sa population humaine inclut beaucoup trop de libéraux, activistes, bien pensants, bref, de ceux qui mettent leur nez partout et pour qui la communauté est sacrée, une divinité impersonnelle dont les croyants veulent que tous la connaissent.

Ces communautaristes locaux sont très clairs sur ce qu’ils entendent par « communauté » dans leurs plaintes contre ceux qui ne se conforment pas aux normes de la communauté et leur tentative d’enrôler d’autres personnes contre ces éléments anti-sociaux.

Il s’agit en effet de « qui mange qui », de qui passe son temps à entacher la réputation de ceux qui ne rentrent pas dans leurs normes. Continue reading « Je veux des amis, pas une communauté »