Vagabond …

Quelqu’un qui n’a pas de chez soi …
Pas de place dans ce monde …
Qui est étranger partout …
Méprisant les valeurs, les intérêts, qui dirigent ce monde.

Contrairement aux fugitifs ou aux réfugiés, le vagabond erre librement, par choix. Il n’essaie pas de s’échapper, parce que s’échapper implique qu’il y a quelque part d’où s’échapper, et quelque part où éventuellement s’installer, un chez soi. Et le vagabond n’a aucun désir d’un chez soi, d’un endroit qui puisse le définir ou l’identifier.

Rejetant les valeurs de ce monde, la vagabonde rejette ses lois, ses règles, ses devoirs et ses obligations.

Ainsi, elle s’efforce de vivre sa vie selon ses propres termes. Et donc elle vit en conflit avec l’ordre au pouvoir, avec toutes les autorités. Ceux que ces pouvoirs peuvent définir et identifier sont rapidement ingérés ou détruits. C’est pour cela que c’est tout à fait sensé pour des anarchistes d’être des vagabonds de l’esprit … des fous, des clochards poétiques errant sur les chemins inexplorés de l’esprit, si ce n’est sur la terre elle-même.

Mais je ne pense pas que les vagabonds de l’esprit soient des amateurs inconstants qui papillonnent d’un endroit à l’autre, d’un projet à l’autre, d’une théorie à l’autre, sans vraiment toucher ou être touché par tout cela, sans aucune idée de pourquoi ils sont là. Cela indiquerait qu’ils n’ont aucune idée de qui ils sont ou de ce qu’ils voudraient.

Au contraire, la vagabonde de l’esprit est très claire sur la chose la plus importante. Elle sait qu’elle choisit qui elle est, qu’elle est la créatrice de sa vie. Dans un monde qu’elle n’a pas choisi, bien sûr, mais c’est aussi pour cela qu’elle comprend que sa liberté existe seulement en conflit avec ce monde. Et elle est donc décidée à refuser de succomber aux valeurs de ce monde, à refuser de jouer selon les règles de ce monde.

Ainsi, le refus du vagabond de l’esprit d’être défini ou identifié n’est pas une question de changements au fil des circonstances, acceptant des impératifs imposés, peut-être justifiés au nom de tactiques ou de stratégies. Une telle pratique est en fait l’expression d’une paresse intellectuelle et d’une pauvreté d’imagination. Cela ne peut jamais mener un individu au-delà de la définition et de l’identité. Cela va simplement le pousser à changer son identité à la façon dont il change ses vêtements, conformément aux exigences du moment plutôt qu’au mépris d’elles. Le refus du vagabond de l’esprit à être défini et identifié reflète le contraire ; cela reflète son obstination à une divergence complète envers tout chemin connu, une déviation totale hors de toute norme, un rejet absolu et méprisant de toute certitude …

Parce que c’est la première étape et la plus importante pour vivre son unicité.

En d’autres termes, la pensée et la vie du vagabond de l’esprit restent libres, exploratoires, expérimentales, sans buts et inutiles (dans le meilleur sens du terme), parce qu’elles sont résolument anti-autoritaires, contre l’État, contre l’économie, contre les hiérarchies et anti-institutionnel. Sa pensée est critique, mais comme Stirner dénigrant la pensée critique, il ne base sa cause sur rien. S’il y a une dialectique, ça ne sera pas celle de Marx ou de Hegel, mais celle d’Héraclite : « On ne se baigne jamais dans la même rivière. »

Apio Ludd

NdT : la notion de vagabond de l’esprit est prise à Max Stirner dans son livre L’unique et sa propriété :

« Tout vagabondage déplaît d’ailleurs au bourgeois, et il existe aussi des vagabonds de l’esprit, qui, étouffant sous le toit qui abritait leurs pères, s’en vont chercher au loin plus d’air et plus d’espace. Au lieu de rester au coin de l’âtre familial à remuer les cendres d’une opinion modérée, au lieu de tenir pour des vérités indiscutables ce qui a consolé et apaisé tant de générations avant eux, ils franchissent la barrière qui clôt le champ paternel et s’en vont, par les chemins audacieux de la critique, où les mène leur indomptable curiosité de douter. Ces extravagants vagabonds rentrent, eux aussi, dans la classe des gens inquiets, instables et sans repos que sont les prolétaires, et quand ils laissent soupçonner leur manque de domicile moral, on les appelle des « brouillons », des « têtes chaudes » et des « exaltés »».

Renzo Novatore a aussi repris cette notion dans un texte dont le titre est Les vagabonds de l’esprit : en italien et en anglais.