Pourquoi je ne vote pas

Je ne vote pas. Je n’ai jamais pris part à une élection et je ne le ferai jamais. Pour beaucoup l’idée que quelqu’un, qui s’intéresse à ce qui se passe dans le monde, refuse de voter semble incroyable. Le bon sens de l’État démocratique nous dit que voter est le moyen de changer les choses et que ceux qui ne votent pas sont apathiques. Il a même été dit que ceux qui ne votent pas ne devraient pas se plaindre.

Mais le bon sens cache souvent un grand nombre d’acceptations aveugles. C’est certainement vrai au vu des lieux communs sur la démocratie et le vote. J’espère qu’en expliquant pourquoi je ne vote pas je vais mettre à nu ces affirmations et susciter quelques interrogations.

Si mon refus de voter venait de l’apathie il est évident que je ne prendrais pas le temps d’écrire cela. En fait mon refus est issu d’un désir de vivre d’une certaine façon, une façon qui nécessite un changement radical dans la structure sociale de nos vies et du monde. Autant que possible, j’essaie d’affronter le monde dans lequel nous vivons selon ces désirs, en agissant pour les réaliser. Continue reading « Pourquoi je ne vote pas »

Vagabond …

Quelqu’un qui n’a pas de chez soi …
Pas de place dans ce monde …
Qui est étranger partout …
Méprisant les valeurs, les intérêts, qui dirigent ce monde.

Contrairement aux fugitifs ou aux réfugiés, le vagabond erre librement, par choix. Il n’essaie pas de s’échapper, parce que s’échapper implique qu’il y a quelque part d’où s’échapper, et quelque part où éventuellement s’installer, un chez soi. Et le vagabond n’a aucun désir d’un chez soi, d’un endroit qui puisse le définir ou l’identifier.

Rejetant les valeurs de ce monde, la vagabonde rejette ses lois, ses règles, ses devoirs et ses obligations.

Ainsi, elle s’efforce de vivre sa vie selon ses propres termes. Et donc elle vit en conflit avec l’ordre au pouvoir, avec toutes les autorités. Ceux que ces pouvoirs peuvent définir et identifier sont rapidement ingérés ou détruits. C’est pour cela que c’est tout à fait sensé pour des anarchistes d’être des vagabonds de l’esprit … des fous, des clochards poétiques errant sur les chemins inexplorés de l’esprit, si ce n’est sur la terre elle-même. Continue reading « Vagabond … »

Pacification et révolte autour de « la journée de la femme ». Une réflexion anarchiste

Lorsque nous nous rendons compte de la nature autoritaire et patriarcale de la société actuelle nous voyons  les genres comme une imposition au travers desquels les individus sont obligés de reproduire des rôles au sein du réseau de la domination.

Bien entendu, cette société continue d’imposer à celles qui naissent « femmes » une position inférieure à ceux nés comme « hommes ». De là chaque 8 mars, pour la commémoration de « la journée de la femme », de nombreuses personnes, majoritairement des femmes, manifestent leur mécontentement face à une telle situation d’inégalité.

L’histoire la plus connue sur la commémoration du 8 mars fait référence aux faits qui se sont déroulés en 1908, où 146 ouvrières de l’usine de textile Cotton à New York sont mortes brûlées vives dans un incendie provoqué par les patrons, face au refus des ouvrières de mettre un terme à l’occupation de l’usine, pour lutter contre les bas salaires et les mauvaises conditions de travail dont elles soufraient. Continue reading « Pacification et révolte autour de « la journée de la femme ». Une réflexion anarchiste »

Pourquoi je ne suis pas un communiste

Nous vivons une drôle d’époque. Si un vieux, à l’évidence un anarchiste gâteux (s’il n’était pas gâteux il ne ferait jamais cela !) osait utiliser le mot « libertaire » [1] de la façon dont ce terme était utilisé pendant plus d’un siècle, les jeunes anarchistes branchés le regarderaient atterrés. Tout ça parce qu’il y a quarante ans une poignée pathétique de gens pro-drogues, pro-sexe, de crétins pro-capitaliste, ont décidé de coller ce nom à un parti. Et, non, ça n’était pas une partie fine, une crêpe-party ou même une partie de pêche, mais le genre de parti le plus ennuyeux qu’ils soit, le parti politique. Je pourrais comprendre pourquoi ces jeunes ne veulent pas utiliser ce mot, seulement beaucoup d’entre eux n’ont, en revanche, aucun problème à s’appeler communistes. Comme s’il n’y avait pas eu de partis communistes depuis la moitié du dix-neuvième siècle. Comme si de tels partis n’avaient pas commencé à s’accaparer le pouvoir ici et là il y a presque un siècle. Comme si Staline, Mao, Pol Pot, et toute cette bande de dictateurs sanguinaires n’avaient jamais existé pour la doctrine communiste [2]. Je sais donc lequel de ces deux mots j’essaie d’éviter le plus !

Je suis au courant que l’anarco-communisme, le communisme-libertaire, a une histoire presque aussi vieille que le premier parti communiste. Mais ces vieux anarco-communistes [3] faisaient particulièrement attention à ce qu’on sache qu’ils étaient anarchistes. L’appellation communiste ne sortait jamais sauf lorsqu’elle était parée de ses séduisants atours anti-autoritaires. La plupart semblaient reconnaître que l’autonomie individuelle est le premier but de l’anarchisme; ils oubliaient que c’est aussi le moyen principal d’y arriver. Continue reading « Pourquoi je ne suis pas un communiste »

Je veux des amis, pas une communauté

« Les communautés … on pourrait les définir en terme de relations alimentaires – on se demande qui mange qui. » Marston Bates.

Presque partout où je vais j’entends parler de communauté.

On dirait que c’est quelque chose dont tout le monde a besoin, quelque chose auquel tout le monde devrait vouloir s’abandonner. Dans les grandes villes, il est facile d’ignorer ces appels à appartenir, car il est difficile pour les partisans désarmés de la communauté* de s’immiscer personnellement dans la vie des autres. Je vis actuellement dans une zone rurale. Cela a de nombreux avantages, mais sa population humaine inclut beaucoup trop de libéraux, activistes, bien pensants, bref, de ceux qui mettent leur nez partout et pour qui la communauté est sacrée, une divinité impersonnelle dont les croyants veulent que tous la connaissent.

Ces communautaristes locaux sont très clairs sur ce qu’ils entendent par « communauté » dans leurs plaintes contre ceux qui ne se conforment pas aux normes de la communauté et leur tentative d’enrôler d’autres personnes contre ces éléments anti-sociaux.

Il s’agit en effet de « qui mange qui », de qui passe son temps à entacher la réputation de ceux qui ne rentrent pas dans leurs normes. Continue reading « Je veux des amis, pas une communauté »

Progrès et énergie nucléaire – Fredy Perlman

La destruction du continent et de ses habitants

Progress and Nuclear Power: The Destruction of the Continent and Its Peoples. Publié dans un numéro hors-série anti-nucléaire du journal Fifth Estate, le 8 avril 1979. Le texte a été écrit juste après l’accident de la centrale nucléaire de Three Mile Island en mars 1979 en Pennsylvanie, durant lequel le gouvernement fit passer le message enregistré : « Inutile de dramatiser, la situation est stable, tout est sous le contrôle des dirigeants ».

L’ empoisonnement prémédité d’êtres humains, de sols et d’autres espèces vivantes ne peut être considéré comme un « accident » que par la plus grossière des hypocrisies. Seul celui qui est délibérément aveugle peut affirmer que cette conséquence du Progrès Technique était « imprévisible ».

L’empoisonnement du continent et le déplacement de ses habitants vivants, dans l’intérêt de plus « hautes autorités », a peut-être commencé en Pennsylvanie de l’Est, mais pas au cours des dernières semaines.

Il y a deux cent vingt ans, dans la région qui est en train de se faire empoisonner par les radiations de Three Mile Island, des spéculateurs avec des noms comme Franklin, Morris, Washington et Hale, se sont faits un nom par le biais de façades telles que la Vandalia Company et l’Ohio Company. Ces compagnies avaient un objectif : vendre des terres pour le profit. Les individus derrière ces compagnies avaient un but : éliminer tous les obstacles qui se trouvaient sur le chemin du développement du profit, même si les obstacles étaient des êtres humains, des cultures millénaires ou des forêts, des animaux, même des ruisseaux et des montagnes. Continue reading « Progrès et énergie nucléaire – Fredy Perlman »

La déficience de la désobéissance civile en milieux anarchistes

Il y a très certainement plusieurs façons de comprendre la lutte anarchiste : depuis la plus fantaisiste, où les personnes peuvent croire que par le simple fait de désirer la transformation de la société, celle-ci arrivera ; en passant par la vision des « révolutionnaires cybernétiques » qui arrivent à croire qu’en postant la lutte [sur internet] elle se réalisera ; ceux qui assis tranquillement attendent qu’arrivent d’elles-mêmes les conditions pour attaquer, tandis qu’ils « s’endoctrinent » tels de vils religieux ; ceux qui décident de passer à l’action et faire de leur vie l’anarchie même ; et aussi ceux qui pensent pouvoir jouer avec les droits que l’État même leur donne, les anarchistes civiques.

C’est sur ce dernier point que nous nous arrêterons pour réfléchir.
Nous continuons de lire et écouter des compagnons anarchistes qui au sein de leur discours persistent à revendiquer la désobéissance civile comme un acte pour mener le conflit contre le Pouvoir et l’autorité. La plupart du temps parlant de vouloir « les détruire d’un coup à travers des actes de simple désobéissance basée sur leurs droits civiques », ce qui en soi est une contradiction, totalement différent à ce que certains anarchistes entendent par la lutte, ses moyens et ses fins. Continue reading « La déficience de la désobéissance civile en milieux anarchistes »

Sur le danger de transformer l’anarchisme en un ensemble de pratiques « alternatives » sans contenu offensif contre le pouvoir

Sans aucun doute l’un des grands dangers qui guette l’anarchisme à toutes les époques c’est qu’il puisse devenir un ensemble de pratiques vides de tout contenu offensif contre le pouvoir.
Cette situation est favorisée, d’une part, par l’ennemi même, à travers ses valeurs démocratiques fédératrices comme la « diversité », la « tolérance, le « pluralisme » et aussi l’intégration économique par la marchandisation de la rébellion et la consommation « alternative ».
D’autre part il y a aussi tout un panel d’individus et de groupes « contestataires », y compris certains « anarchistes », qui de façon inconsciente ou délibérée se démarquent de l’antagonisme et du conflit permanent envers le pouvoir, que ce soit en passant sous silence la nécessité de la destruction et de l’attaque directe contre l’autorité ou, dans le pire des cas, en réalisant de grossières campagnes afin de laver l’image de l’anarchisme, se présentant comme de pathétiques défenseurs d’une idéologie étrangère à la confrontation contre le pouvoir.

Pour nous la réappropriation de nos vies est un processus qui implique la construction de notre autonomie par rapport au mode de vie aliéné, soumis et mercantile, que nous offre la société du capital et l’autorité. Mais nous n’abordons jamais ce point de vue depuis une logique de coexistence pacifique avec le pouvoir, mais à partir d’une attitude de confrontation permanente qui inclut aussi la perspective nécessaire de l’attaque directe et de la destruction du pouvoir comme éléments indispensables de tout processus de libération totale. Continue reading « Sur le danger de transformer l’anarchisme en un ensemble de pratiques « alternatives » sans contenu offensif contre le pouvoir »

Les limites de l’organisation clandestine

Perspectives anarchistes sur la clandestinité, survolant le thème de la lutte armée

Il y a un point sur lequel nous n’aimons que trop débattre et donner nos humble avis, c’est celui de la Clandestinité et comment on la perçoit dans le milieu anarchiste. Précisément parce que, du moins au Mexique, on a eu peu de discussions à ce sujet, et la perceptive qui nous vient de certains compagnons ou cellules d’action [1] en ce qui concerne la clandestinité dans la pratique ou l’organisation, se rapproche presque toujours (ou plus que ça) des guérillas marxistes-léninistes, ou bien d’un discours lutte-armatiste (culte des armes), ce qui lorsqu’on se déclare anarchistes ou libertaires est souvent très ambigu.

Mais bien sûr on oublie aussi que cette confusion provient du fait que la plupart des gens n’aiment pas prendre position. Ils suivent le sens du courant, ils n’aiment pas débattre car ils trouvent cela ennuyeux et inutile, ou parce que nos discussions n’intéressent pas les gens normaux. C’est sans doute plus facile de faire le caméléon, en changeant de couleur selon là où l’on est, que de prendre position. Parce que c’est peut-être aussi plus facile de suivre ce qui est dit et écrit que de prendre des positions nettes et se donner le temps d’analyser, débattre et critiquer. Parce qu’arriver à une conclusion inachevée est généralement dur et “identitaire”, et qu’on préfère toujours éviter le débat et la critique. Continue reading « Les limites de l’organisation clandestine »