L’individualisme anarchiste dans la Révolution Sociale

I

L’individualisme anarchiste tel que nous l’entendons – et je dis nous parce que pensent ainsi une poignée de camarades non négligeable – est ennemi de toute école et de tout parti, de toute morale religieuse ou dogmatique, de même que de toute sottise plus ou moins académique. Toute forme de discipline, de règle et de pédanterie, répugne à la noblesse sincère de notre moi, inquiet, vagabond et rebelle !

L’individualisme est, pour nous, la force créatrice, la jeunesse immortelle, la beauté sublimatrice, la guerre rédemptrice et féconde. C’est la merveilleuse apothéose de la chaire et l’épopée tragique de l’esprit. Notre logique est de n’en avoir aucune. Notre idéal est la négation catégorique de tous les autres idéaux pour le triomphe maximum et suprême de la véritable vie réelle, instinctive, échevelée et joyeuse. Pour nous, la perfection n’est pas un songe, un idéal, une énigme, un mystère, un sphinx, mais une réalité gaillarde et puissante, lumineuse et palpitante. Tous les hommes sont parfaits en eux-mêmes. Seulement, il leur manque le courage héroïque de leur perfection. Du jour où l’homme a cru que la vie était un devoir, un apostolat, une mission, il a eu honte de sa propre puissance d’être vrai et, poursuivant des fantômes, il s’est renié lui- même et s’est éloigné du vrai. Lorsque le Christ a dit aux hommes : « Soyez vous-mêmes, la perfection est en vous !  », il a lancé une superbe parole qui est la synthèse suprême de la vie. Continue reading « L’individualisme anarchiste dans la Révolution Sociale »

Hérésie : nouvelle revue individualiste

Introduction
L’individu, Manuel Devaldès
Ce qu’est l’individu, Han Ryner
L’anarchisme individualiste dans la Révolution Sociale, Mario Ferrento
(Renzo Novatore)
Controverse individualiste, Enzo Martucci
Individualisme anarchiste, Louis Simon
Qu’est-ce qu’un individu, Apio Ludd
Substantif singulier, Stikla
Je veux des amis, pas une communauté, Apio Ludd

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 Éco-extrémisme et attaque indiscriminée – l’Église d’ITS Mexique 

Note de Diomedea : Cela faisait bien longtemps que j’attendais une critique publique valable au sujet d’ITS. Je me souviens il y a quelques années de ma surprise lorsque je suis tombée sur une table de presse anarchiste qui contenait un livre avec les traductions en anglais des communiqués d’ITS. Traduisant moi-même depuis l’espagnol, j’espérais que personne n’ait la mauvaise idée de traduire en français ces communiqués réactionnaires. Il me semble qu’il n’ y a qu’un seul journal qui a commis cet impair, permettant ainsi de faire circuler ces idées rances et de faire de la pub à ceux dont les derniers exploits -assassinats de cibles lambdas- étaient prévisibles depuis plusieurs années déjà au vu de ce qu’ITS écrivait à travers leurs longs et ennuyeux communiqués. J’ai aussi tenu à traduire ce texte car il permet, je pense, d’enclencher un débat nécessaire sur l’attaque indiscriminée, et je rejoins tout à fait l’auteur sur le fait de dire que c’est l’arme des autoritaires et réactionnaires de tout poil.
Par contre en effet je peux regretter dans ce texte la facilité de psychiatriser des gens qui ont des actes et des idées aussi absurdes … je n’ai rien contre les « fous » (mais qui ne l’est pas ?), ce que je ne tolère pas ce sont ceux qui se vengent sur les autres pour leur mal-être, de quelque façon que ce soit, qui ont l’impression que ça leur donne un pouvoir qui apaise leurs frustrations, et la méchanceté lâche et l’autoritarisme ne sont pas des maladies, ce sont des choix que font des individus.

Et les actions de Severino Di Giovanni n’étaient pas violentes pour le plaisir de l’être. Elle n’étaient jamais indiscriminées et jamais il n’y a eu d’attaques dans le but de créer une tension qui favoriserait le pouvoir et sa politique de consolidation. Elles étaient toujours guidées par une réflexion révolutionnaire précise : attaquer les centres de pouvoir par des actions punitives qui trouvent leur justification dans la violence de l’État, et qui sont destinées à pousser la masse vers un objectif révolutionnaire. Di Giovanni a toujours pris en compte la situation de la masse, même si on l’accusait souvent de ne pas l’avoir fait ».

JW & AMB
Anarchism and Violence, Severino Di Giovanni in Argentina by Osvaldo Bayer
Elephant Editions

Je ne représente aucune organisation ou groupe, j’écris cela depuis une perspective personnelle, en tant que nihiliste-anarchiste d’une tendance insurrectionnelle anti-civilisation. J’ai mené des actions directes en défense de la Terre, ainsi l’État doit sans doute me considérer comme une « Éco-Extrémiste », même si je ne suis pas concernée par ce terme puisqu’il est devenu une idéologie sectaire de l’Église. Jusqu’à présent je n’avais rien écrit au sujet de l’Église d’ITS Mexique ou des idiots pseudo-nihilistes en Italie parce qu’au fil des dernières années ils sont clairement devenus réactionnaires et plus proches des groupuscules « noirs » d’extrême droite. Continue reading  » Éco-extrémisme et attaque indiscriminée – l’Église d’ITS Mexique « 

Qu’est-ce qu’un individu ?

Qu’est-ce qu’un individu ? Une imbrication, un ensemble changeant d’émotions, d’actions, d’interactions, de relations … D’où viennent ces fils tressés ? Dans le monde d’aujourd’hui, surtout du contexte social duquel je suis né, où j’ai grandi et été éduqué, et où je continue de jouer mes rôles et fonctions.

Ces activités à travers lesquelles moi et d’autres personnes survivent – travaillant, achetant, vendant- sont produits de ce contexte. Ils occupent la plupart de mon temps dans des activités et des interactions qui ne sont pas à moi. Considérons la quantité de temps gaspillée à attendre en faisant la queue, la quantité de temps dépensée dans des gestes pénibles, les échanges verbaux banals et sans fin avec des étrangers dont on se moque éperdument.

Ces activités et interactions affectent inévitablement mes émotions, pour la plupart en les réduisant à une médiocrité pathétique. Mais ensuite je considère comment la plupart des gens utilisent leur soi-disant temps libre (le temps qui n’est pas consacré à une obligation sociale et à la survie, ce qui revient au même dans cette société), en se divertissant (aller au cinéma, regarder la télé, écouter de la musique, particulièrement de la musique pop). Chaque forme de divertissement joue avec les émotions. Continue reading « Qu’est-ce qu’un individu ? »

Je n’ai pas de classe !

Vous n’avez qu’à demander à mes amis, ils vous le diront … J’ai arrêté la fac après quelques semestres, et c’était la fin de ces classes pour moi.

J’évoque ici les classes de la fac parce que même les marxistes et les syndicalistes ne sont pas assez stupides pour croire que les classes de la fac sont des choses en soi ou des êtres collectifs quelconques qui agissent pour eux-mêmes. L’idéologue le plus confus comprend que les classes de la fac sont des activités, des relations établies entre des individus qui jouent les rôles de professeurs et d’élèves. Lorsqu’il n’y a personne dans une salle de classe à jouer ce rôle, il n’y a pas de classe. Et comme cela fait des années que je n’ai pas été dans une salle de classe, je n’ai certainement pas de classe.

Mais des amis marxistes (si j’en avais) n’aimeraient pas cela. Ils me diraient que, bien sûr, j’ai une classe – d’après eux je suis un lump [1]. Cela me semble un peu insultant, c’est pour cette raison que je n’ai pas d’amis marxistes. Continue reading « Je n’ai pas de classe ! »

Sirventès de printemps

« Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.»

Je suis une sociophobe, inadaptée, enragée, têtue,  angoissée. Je suis une sorcière torturée par des sens imprévisibles. Je  suis perdue dans ce monde d’autorité. Je suis dans la marge, celle qui  ne mérite pas la confiance des autres, celle dont la parole n’a aucune  valeur, qu’on accuse de mentir, parce qu’elle n’a décidément pas de  crédit face aux déclarations des dominants et manipulateurs. Je suis celle dans le dos de  qui on parle, et devant qui on feint un sourire. Celle sur qui on se  fait un plaisir de crier et d’humilier pour se sentir fort. Je suis la  proie sur laquelle s’acharne un prédateur, mais par une projection  magique et surréaliste, je deviens la prédatrice dans la bouche de celui  qui n’arrive pas à me détruire. Je suis alors désignée comme la sorcière qu’il faut brûler sur le bûcher, pour ces  spectateurs moralistes et voyeurs (mais acteurs quand même) qui  applaudissent en me voyant la tête plongée dans la boue, trop contents  de ne pas être à ma place. Je suis celle qu’on piétine, qu’on méprise,  qu’on humilie, qu’on regarde souffrir sans sourciller. Je suis celle qui  chaque matin se demande pourquoi vivre un jour de plus, celle qui à  chaque nouvelle agression essaie de faire l’impossible pour trouver une  bonne raison de tenir le coup, de ne pas baisser les bras, de ne pas  laisser gagner les prédateurs qui se sentent en danger par ma simple  existence de petite chose brisée, cassée par eux, mais qui garde encore  un tout petit souffle de vie suffisant pour leur faire un bras  d’honneur. Je suis celle qui voit le monde tourner, sans comprendre  comment faire pour pouvoir rentrer dans la ronde, mais qui au fond n’en a pas vraiment envie. Continue reading « Sirventès de printemps »

La Louve

L’anarchiste-nihiliste n’a pas à faire semblant d’appartenir à une Histoire ou un Mouvement mais choisit comment sera sa vie à sa façon, avec les méthodes qu’elle seule choisit, avec les proches qui l’entourent. Elle ne cherche pas d’excuses pour s’organiser avec un groupe intime de 2 ou 3 de ses ami-e-s proches. Sa puissance créatrice circule au niveau qu’elle choisit et dont elle dispose, et prend forme en collaboration avec ceux qui ont décidé qu’ils seraient ensemble dans des activités ou des relations. Elle sait que l’illégalisme et l’informalité lui vont bien et elle n’attend rien de la démocratie, des appels aux masses ou des actions de masse.

La vie lui a déjà fournit l’espace pour ses actions-réfléchies. Elle est devenue la foule, et en elle, elle a annulé le temps et la société, elle peut faire ce qu’elle veut, si elle s’y applique et accepte les conséquences. Personne ne sort de la vie vivant. Vivre ou mourir, et avoir la vie d’un-e ennemi-e dans ses mains, elle a le choix d’appuyer sur la gâchette ou non. Sa vie est à elle. Elle n’est pas une victime mais une agresseuse. L’ennemi-e vivra ou mourra selon son choix à elle, et non le leur. Tout est décidé selon sa volonté, qui est à elle seule. Elle n’a pas de stratégie autre que profiter des opportunités, et sans autre tactique que sa dignité et détermination pour réussir contre toute attente.

Avec les méthodes qui conviennent à chaque individu, liées à l’action plutôt qu’à l’identité, elle suit ses mauvaises passions jusqu’à l’enfer, et il n’y a rien que quiconque puisse faire contre cela.

L., My Own, 6, Novembre 2012

Mémoire combative

Ce texte a été diffusé en version papier lors du second Salon du Livre et de la Propagande Anarchiste de Santiago du Chili. Il est publié ici, légèrement modifié dans un paragraphe.

Pour une mémoire combative de la lutte de rue dans les années 90.

Au cours de la décennie des années 90 ont surgis différentes formes d’expressions anticapitalistes dans les campus universitaires, et pas seulement dans ces endroits bien sûr, mais l’intention de ce texte est de récupérer la mémoire et la lutte des minorités actives qui convergeaient dans les espaces universitaires, en pleine époque de la joie qui n’est jamais arrivé et des nouveaux temps des deux premiers gouvernements de la concertation, après la fin négociée de la dictature militaire fasciste, la fameuse transition.

Lors que nous parlons de minorités actives, nous faisons référence en particulier aux groupes qui ont impulsé et tenté de propager la lutte de rue, violente et directe contre les flics. Et bien que sont apparus plusieurs noms et sigles, certains qui ont duré plus longtemps ou qui sont plus connus que d’autres, ici nous allons faire référence à ceux que nous considérons comme les plus intéressants. Commençons par préciser que nous parlons de groupes horizontaux et autonomes de quelconque direction politique externe à eux-mêmes (et aussi nous verrons si ça a toujours été ainsi). Continue reading « Mémoire combative »

Récupérer la mémoire historique : chapitres de la Guerre Sociale

Au sujet du massacre de l’école Santa-Maria de Iquique, d’Efraín Plaza Olmedo et Antonio Ramón Ramón, anarchistes du début du XX°siècle au Chili.

L’intense diffusion des idées anarchistes dans le mouvement ouvrier fin XIX° et débuts du XX° siècle a permis aux anarco-syndicalistes de conduire la grande grève d’Iquique en 1907. Les demandes des travailleurs étaient l’amélioration des salaires, des roulements définis, la suppression du système de fiches et de bons, accorder des locaux pour de futures écoles ouvrières, des jours de repos, parmi d’autres choses. Ils étaient des milliers à se rassembler dans l’école Santa Maria pour « négocier », mais la réponse de la bourgeoisie ne s’est pas faite attendre et sous la présidence de Pedro Montt, l’armée, sous les ordres du commandant Roberto Silva Renard, a ouvert le feu sur les grévistes. Ceci représente le chapitre le plus noir du mouvement ouvrier de ce territoire. Le nombre de morts varie, bien entendu, car le pouvoir a tenté de dissimuler par tous les moyens le chiffre officiel, mais on évalue qu’ils seraient plus de 3000, femmes, hommes et enfants, et des ouvriers de pays voisins, du Pérou, de Bolivie, qui avaient fermement décidé de rester jusqu’aux dernières conséquences. Continue reading « Récupérer la mémoire historique : chapitres de la Guerre Sociale »